L’histoire de Logan, né à 27 semaines

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Logan et sa mère, Audrey
NDLR : Est prématurée toute naissance qui survient avant 37 semaines d’aménorrhée* révolues, soit 35 semaines de grossesse. 

La naissance surprise et prématurée de Logan n’a pas été facile à gérer pour ses parents. A seulement 27 SA, Logan est arrivé lors de vacances à 200 km de la maison. Audrey, sa mère, nous raconte.

Nous sommes le 3 juillet 2017, je me rends chez ma sage femme pour faire un examen de contrôle et vérifier que je suis bien capable de partir en vacances à 900 km de la maison. Tout va bien, je peux partir en vacances à condition de faire des pauses régulières pendant le trajet.

Nous partons donc le 4 juillet, pour de belles vacances. Arrivés à Narbonne, tout va bien. Nous profitions de la mer, des balades, du soleil de très belles vacances. Je contacte même une photographe afin de faire des photos de grossesse car en Lorraine, même en août, le soleil n’est pas forcément présent. Le 14 juillet, nous allons donc faire de belles photos dans un très beau parc. Nous avions prévus également d’aller le soir même voir un feu d’artifice sur un bateau mais doudou et moi discutions beaucoup ce jour la et nous avons loupé la sortie de l’autoroute. Tant pis, nous abandonnons l’idée du bateau car de toutes façons, nous n’arriverons pas à l’heure pour le départ.

Nous décidons alors d’aller manger dans un restaurant chinois en ville. Arrivés devant la porte, j’ai des petites douleurs. Je prends deux Spasfon, mais pendant le repas ces douleurs se rapprochent. J’ai mal toutes les 4 minutes. Mon mari me demande « tu ne vas pas accoucher ce soir ? ». « Non, chéri impossible je n’ai pas perdu les eaux et les contractions du vrai travail font horriblement mal. Ça ne peut pas être cela. »
Mais 30 minutes plus tard, je doute de mon discours après tout c’est ma première grossesse.

Il est 20h, nous décidons d’aller à l’hôpital juste à côté, je monte les escaliers et là je comprends. Une infirmière nous reçoit et je suis incapable de parler tellement la douleur est intense.Mon mari lui explique la situation et l’infirmière lui réponds « merde, ce n’est pas bon ». La maternité de Narbonne est une maternité de niveau 1*. On m’explique que quoi qu’il arrive, on va me transférer car il ne sont pas capables d’accueillir un grand prema. On m’examine, mon col est court et ouvert à 1. Le gynécologue n’est pas très sympa, il est froid et nous informe que j’aurais dû venir avant,  que je ne dois pas pleurer si mon bébé naît dans les jours qui arrive. Il me donne une piqûre pour stopper les contractions ainsi qu’une perfusion pour maturer les poumons de bébé et pour calmer a nouveau les contractions car elle doivent être stoppées afin que je sois transférée à Montpellier.

La sage femme dit à mon mari qu’il me faut tous les papiers pour mon transfert. Celui ci part donc 1 heure pour aller chercher mes papiers. Il est 21h30 à son départ.

1 heure, ce n’est rien et pourtant ce fut l’heure la plus longue de ma vie.

Au début les contractions avait ralenti, tout allait bien puis la douleur est revenue. J’appelle la sage femme qui me dit que la perfusion va faire effet, ça va se calmer, que le SMUR* va arriver et que je vais être transférée mais plus les minutes passent, plus j’ai mal. J’ai une envie de pousser alors je lutte pour ne pas pousser. Je ne veux pas qu’il sorte,  il est trop tôt ! Les minutes me semblent être à rallonge.
Puis mon mari arrive, le SMUR également. Il est 22h30. « Ça va aller! » je me suis dis bêtement.

Le gynécologue revient enfin me voir pour vérifier que tout va bien pour mon transfert. Je lui parle de mes douleurs et il m’examine. Il ne dit rien même si son visage s’est figé. Il part de la pièce sans même prononcer un mot. Un anesthésiste arrive pour me poser quelques questions et là on me transfère…

Mais on me transfère en salle d’ accouchement car je suis ouverte à 9 et le bébé arrive.
On m’installe sur la table, on m’explique que la poche est en train de sortir.
Le gynécologue la perce et me demande de pousser. J’ai du mal à comprendre à quel moment je dois pousser et respirer. Au bout de 2 fois, le gynécologue m’indique en hurlant que si je ne pousse pas mon enfant va mourir. Je pousse et il appuie sur mon ventre pour le faire sortir.

A cet instant je l’aperçois. Ce petit bébé si petit. Ils coupent le cordon et partent avec lui. Je ne l’entend pas pleurer. Il est 23 h 23, Logan est né.

Je passe les 30 minutes suivantes à pleurer, à répéter en boucle qu’il est trop petit.
Mon mari essaie d’être rassurant même si il est également pétrifié. Une sage femme lui demande son portable pour prendre une photo du petit. Elle revient vers nous, nous montre la photo et nous explique que le petit est pris en charge par équipe du SMUR venu de Montpellier pour mon transfert. Ils sont en train de l’intuber car il va être transféré à 200 kilomètres et qu’ils ne veulent pas prendre de risques. Elle revient pour nous prévenir que mon mari peut aller voir le petit avant son départ. Mon mari? Et moi? Ah non ! Je ne veux pas, je ne peux pas le laisser partir sans le voir. C’est impossible ! Mon bébé est tout près et on ne m’autorise pas à le voir. Non ! Je commence à me lever et je dis à la sage femme que c’est inenvisageable. Il ne partira pas sans que je l’ai vu. Elle m’aide à me lever et nous accompagne. Il est 0h45 et je rencontre enfin mon petit ange. Il est si petit, si fragile mais si beau.
La puéricultrice de équipe du SMUR vient nous en voir en nous disant qu’il faut maintenant qu’ils partent, qu’il faut le transférer au plus vite et elle prend notre numéro de téléphone pour nous prévenir de son arrivée dans le service de réanimation.
On nous transfère dans une chambre de la maternité et nous attendons avec crainte son appel. On sait que après les feux d’artifice, les gens sur la route sont un peu éméchés. 4h du matin, mon téléphone retentit. Le petit va bien il est pris en charge par les médecins de la ré. Nous pouvons nous reposer un peu.

A 6h30, nous nous réveillons, l’infirmière nous informe qu’ils sont incapables de me transféré dans le même hôpital que mon fil car il n y a plus de places, que je dois reste 3 jours ici, mais que je peux sortir la journée pour le voir. Mon mari part chercher quelques affaires, et revient à 11h. Je décide de signer une décharge, je ne peux pas être à plus de 200 km de mon fils. Nous allons procéder à la déclaration à la mairie de Narbonne et nous mettons en route pour le CHU. Nous arrivons à 15 h au service de réanimation néo-natale. Une puéricultrice nous accueille et nous emmène à la couveuse de notre enfant.

Mes jambes sont tremblantes, mon ventre se serre, ma gorge brûle, je l’aperçois dans sa petite couveuse branchée à dizaines de fils.

On nous explique la suite, on me réconforte sur ma culpabilité. L’équipe a été tellement gentille, tellement bienveillante, tellement humaine, cela nous a fait beaucoup de bien surtout après l’équipe de Narbonne qui était très froide et très accusatrice. Avec mon mari, on trouve une chambre chez l’habitant car on nous prévient que le petit ne sera pas transférable avant 2 mois. Le 17, mon mari doit rentrer à la maison car il travaille en intérim au Luxembourg et là, pas de congé paternité. Cette séparation est horrible pour moi. A ce moment précis, je me demande ce que l’avenir nous réserve, car si il arrive malheur à mon fils, je ne remonterais jamais en Lorraine.

Les jours passent, Logan prend du poids, prend de la force. Je passe mes journées en peau à peau avec lui.  Les infirmiers avaient expliqué que cela était très bénéfique pour lui. Je viens donc tous les matins à 8h jusqu’à 18h pour faire du peau à peau et ses soins.
Mon mari arrive à venir un week end pour nous remonter le moral mais cette visite est très courte car il arrive le samedi midi pour repartir le dimanche matin. Sa présence m’a apaisé mais m’a également déchiré le cœur car son départ était tellement dur. Nous étions le 15 août, cela faisait 1 mois que j’étais seule dans le Sud avec mon fils.

Le 4 septembre, on m’annonce enfin qu’il va pouvoir être transféré, je prépare donc mes affaires et part un jour plus tôt car je ne veux pas être sur la route le même jour que lui. Je n’est jamais fait un aussi long trajet en étant conductrice. La route est longue mais j’arrive enfin à la maison. Logan est transféré le 5 septembre à hôpital à quelque minute de chez nous et nous attendons avec impatience d’être à nouveau réunis tous les 3.Les retrouvailles sont tellement émouvantes. Nous sommes tellement heureux.
Ma DPA* était prévue le 3 octobre mais l’hôpital nous laisse enfin rentrer le 28 septembre. Ce retour à la maison va être très angoissant car le scope m’a rassuré pendant les mois qui viennent de passer.

Mon fils a eu 1 an, il va très bien malgré quatre hospitalisations en hiver dues à des bronchites. Cette naissance a été compliquée à gérer émotionnellement, je regarde souvent les photos et me rend compte maintenant de sa taille. Logan est né à 900 grammes mais quand on est confronté à cela, on se doit d’être fort. Mis à part les quelques jours après l’accouchement, je n’ai jamais vraiment réalisé qu’il était si petit.
Un an après je commence à moins me sentir coupable, juste beaucoup de crainte sur d’éventuels retards de motricité.

On compare déjà beaucoup les enfants entre eux mais cette comparaison est beaucoup plus importante avec un prématuré.

*Voir Lexique

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1 COMMENTAIRE

  1. Ma fille est née exactement au même terme que le petit Logan à 27SA 1040 gr 36 Cm. Elle a maintenant 8ans!!! Je n’ai pas connu tout ses problèmes de transfert. Mais tout le reste oui (la peur, la culpabilité ,…) 8 ans après j’y pense encore alors que ma fille n’a aucune séquelles que se soit sur la plan intellectuel ou moteur. Nos enfants sont des guerriers nous leurs donnons les armes qui est notre amour mais ils se battent seuls, nous les regardons juste se battent impuissants face à la prématurité.

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