L’histoire de Philéas, né à 34 semaines

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Philéas en neonat

NDLR : Est prématurée toute naissance qui survient avant 37 semaines d’aménorrhée* révolues, soit 35 semaines de grossesse. 

L’arrivée de Philéas était très attendue mais Ophélie, sa mère, aurait préféré que cette naissance ne soit pas prématurée. Aujourd’hui, elle revient sur sa grossesse compliquée, la naissance de Philéas et leur nouvelle vie à 5.

En couple depuis 18 ans, nous voilà pris par un nouveau fort désir d’enfant.. Déjà parents de deux garçons, on se demande si c’est bien raisonnable mais l’envie est trop forte… Il met un peu plus de temps à s’installer que les deux premiers, une dizaine de mois. On l’attend impatiemment, fébrilement. Et puis le 2 mars : test positif! Un nouveau miracle est en route.

Comme pour les deux premiers, le début de grossesse est serein. Je suis quand même très malade au premier trimestre, j’ai du mal à manger. Mon grand repère un changement et s’inquiète, on l’annonce donc avec une forte émotion. La première écho est parfaite, on touche du doigt la fin du premier trimestre, c’est le bonheur absolu. Le 7 mai, on revient d’un anniversaire. J’ai pas mal contracté ce soir là et je me sens fatiguée. En me mettant en pyjama, je me rends compte que je perds du sang. Panique à bord, j’appelle les urgences gynecos. On est samedi soir, ils me disent qu’à mon terme il n’y a pas grand chose à faire et de revenir le lendemain. Nuit d’angoisse… Le lendemain au réveil, ça recommence. On monte à la clinique et on me parle d’un décollement. Je suis en arrêt 3-4 jours avec du repos, rien d’alarmant. Le jour de la reprise, de nouveaux saignements hémorragiques, de nouveau aux urgences… Cette fois on me parle d’un hématome. Je suis arrêtée 15 jours repos absolu… On me dit que ça va se résorber.

Je suis à 2 mois et trois semaines de grossesse et je vais être alitée durant 5 mois. 5 mois où je vais alterner entre moment d’alitement chez moi et moment d’hospitalisation, 2 mois d’hospitalisation en tout. Le relais familial se met en place pour gérer mes grands, mon homme assure.. Je passe de moments d’accalmies à des moments d’angoisses massifs où j’ai des hémorragies importantes qui provoquent des contractions et qui menacent d’un accouchement prématuré voire fatal à mon bébé. L’hématome ne se résorbe pas, il mesure à un moment jusqu’à 10 cm sur 4… Les médecins n’ont aucune explication. Le 4 octobre, de nouveau hémorragie, la sage femme qui me suit à domicile me dit de filer une nouvelle fois aux urgences. Je préviens mon mari qui rentre pour s’occuper des grands. J’appelle mes parents pour leur dire que je vais sûrement être hospitalisée. Arrivée aux urgences les contractions sont là en plus des saignements, le monitoring est posé. On m’informe qu’on va me donner de l’Adalate et me garder quelques jours en hospitalisation car ce serait bien que ça tienne jusqu’à 37sa. Puis au bout de 10 minutes de monitoring, on m’informe que le bébé montre des signes de souffrance fœtale. On va me faire une césarienne en urgence Dans 1/2 heure, je suis au bloc ! Je m’effondre.

Tout l’optimisme que j’ai tenté de garder pendant tous ces mois échappe.. Je vais accoucher en urgence, seule, trop tôt…

J’appelle mon mari, je ne veux pas l’inquiéter.J’essaie de lui dire calmement ce qui se passe. Il m’informe que mes parents ont pris l’initiative de venir à la maison, il peut être là dans 15 minutes. Je m’effondre, il va être là.Je ne vais pas être seule.

La péridurale se passe bien, les équipes sont hyper bienveillantes… Je suis terrifiée… Je demande si je pourrais voir mon bébé, si il sera transféré au service neonat de l’hôpital pédiatrique car j’accouche dans une clinique de niveau 2 : pas de service pour les grands premas. On me dit qu’on ne sait pas, que ça dépendra de comment il sera quand il sortira.. La péri est bien posée, je ne ressens rien, mon mari est là près de moi. C’est long est silencieux, on ne nous explique pas. De longues minutes… Puis on nous dit qu’il est là. Il pleure, un peu englué. Il est tout petit, bleu. On me le présente rapidement puis ils l’emmènent de suite.

Avec mon mari, on se connaît en un regard. On ne se parle pas, on attend, on se soutient sans mots.

Mon gynéco me dit que l’hémorragie est contenue, tout va bien pour moi. Quelques minutes plus tard, une puéricultrice rentre et nous demande comment s’appelle notre fils. On nous annonce qu’il va bien, il respire tout seul, ses réflexes sont bons. Il a juste besoin d’aide pour manger et pour réguler sa température. Mon mari va le retrouver. De mon côté, la sortie d’anesthésie est difficile. Je réagis mal à la morphine. Mon mari m’a raconté plus tard que j’ai rencontré Philéas pour la première fois ce soir là mais je ne m’en rappelle pas. J’étais shootée. J’ai passé la nuit à vomir.

Si émouvant, si beau, si serein…Un moment suspendu.

Pour moi, la rencontre a eu lieu le lendemain. Mon tout petit garçon de 2,1 kg pour 45 cm dans sa couveuse avec ces électrodes partout, son tuyau dans le nez. Sur le moment, j’ai vécu cet accouchement comme une délivrance après tous ces mois d’angoisse mais finalement en le voyant dans sa couveuse si fragile, si isolé, si petit, avec ces alarmes qui sonnent constamment, l’angoisse finalement est réapparue très vite. Pour les grands, après les mois d’hospitalisation et les mois d’alitement, l’accouchement en urgence, c’est aussi compliqué. On leur avait dit qu’une fois le bébé sorti tout irait mieux. Mais là, le bébé est sorti, je reste encore à l’hôpital et ils ne peuvent pas rencontrer leur petit frère. Ils le voient à travers une vitre avec des persiennes donc autant dire très peu. J’essaie de camoufler mes émotions mais je les cache mal, elles débordent. Et pourtant ils restent costauds. Ils ont fait des dessins pour décorer la couveuse et souhaiter bienvenue à leur petit frère. Ils sont impressionnés, émus face à lui. Pendant des mois, mon deuxième sera toujours très touché en le voyant, il répétera souvent « il est trop mignon notre petit frère, tu l’as trop bien réussi maman! » !

Malgré nos inquiétudes, Philéas va bien. Il n’a besoin d’aucune assistance respiratoire, ces constantes sont stables. Un petit costaud lui aussi ! Je souhaite l’allaiter, je cumule la douleur de la césarienne et la douleur de la montée de lait gérée au tire lait. Je pense, heureusement, que c’était mon troisième et que je connaissais très bien les enjeux de la montée de lait sinon je n’aurais pas pu tenir. Douloureuse, fatiguée, stressée, j’ai en prime un bouton de fièvre. Me voilà dans l’obligation de porter un masque continuellement et d’être hyper vigilante quand je tire mon lait car l’équipe médicale m’alerte sur les dangers des boutons de fièvre sur les nourrissons, interdite de bisous pendant 15 jours! Philéas est très calme, il dort tout le temps. Il est alimenté par sonde toutes les deux heures par mon lait. Je veille à l’avoir sur moi en peau à peau à chaque repas afin qu’il associe le repas à ma présence. On essaie de le stimuler pour qu’il prenne le sein mais il n’y arrive pas, il se fatigue vite ! Tous les autres examens de santé sont bons, il va bien.

Philéas est sorti de la couveuse au bout de 8 jours, il a pu réguler sa température tout seul. Première grosse étape, on a pu enfin l’habiller, le pouponner. Les garçons ont pu le voir d’un peu plus près. Quelle émotion ! A 12 jours, Philéas fait une première vrai tétée. Quel merveilleux moment, l’émotion m’envahit. L’équipe, prévenante et bienveillante, me prévient : il se peut que cette super tétée l’ait fatigué et qu’il dorme un long moment ensuite. Finalement, il se réveille et tête à nouveau. 24h qu’il ne se nourrit que de mon sein, on me prévient encore qu’il peut avoir perdu du poids, il a juste stagné… bonne nouvelle! Il est décidé qu’il vienne avec moi dans la chambre, j’ai le trac mais je suis confiante. Nous nous retrouvons en tête à tête. Enfin ! Mon bébé avec moi. Je dois tout noter sur une feuille : heure de tétée, durée, selles, urines… Nous voilà pour 24h dans la chambre. La nuit se passe bien, il fait tout bien comme il faut mon bébé magique pour remplir les cases. Le lendemain, à la visite médicale, il a pris du poids. Les feux sont au vert, on rentre chez nous!

La joie est immense, le vertige aussi. On va passer de l’aseptisation et l’hyperprotection du service de néonat à la maison avec deux grands garçons scolarisés qui ramènent des microbes. Les consignes sont strictes. Mon bébé est fragilisé par sa prématurité, c’est un bébé d’hiver. Il faut être vigilant sous peine de retourner en neonat.

Philéas a aujourd’hui 5 mois et demi. Il est très éveillé, pèse 6,7kg pour 64 cm. Il n’est plus allaité depuis peu car je prépare doucement ma reprise. Notre vie à 5 est merveilleuse. Nous n’avons eu aucun soucis avec Philéas depuis notre retour à la maison. Il vit et grandit comme un bébé ordinaire et nos angoisses s’apaisent jour après jour. Les grands sont toujours, je crois, un peu intimidés par ce si mignon petit frère un peu fragile mais ils sont attentionnés. Chacun trouve sa place.

Je voulais profiter de ce témoignage pour dire toute mon admiration envers les professionnels qui m’ont accompagné tout ces mois durant ma grossesse jusqu’en neonat : des équipes compétentes, bienveillantes, patientes, claires et parfois émues aussi avec nous. Que de belles rencontres…

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