L’histoire de Matteo, né à 34 semaines

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Matteo
NDLR : Est prématurée toute naissance qui survient avant 37 semaines d’aménorrhée* révolues, soit 35 semaines de grossesse. 
Toutes les semaines énoncées sur le site sont des semaines d’aménorrhée.

Partons à la rencontre de Marina et du petit Matteo né à 34 semaines alors que rien ne présageait de sa prématurité. Dans son témoignage, Marina s’adresse à Matteo et lui raconte le jour où il est venu au monde.

J‘avoue m’être souvent tournée vers Internet après la naissance de mon fils, tellement perdue, noyée de chagrin et de culpabilité… J’aurais aimé plus de témoignages rassurants.

Le jour où mon fils est né, à 34 SA, rien ne présageait un accouchement prématuré. J’en veux au corps médical de ne pas m’avoir écouté et je m’en veux bien sûr de ne pas m’être ménagée d’avantage. Au vu des antécédents de ma précédente grossesse, j’aurais dû me faire plus confiance plutôt que d’écouter mon gynéco qui lui ne se fiait qu’au médical. Pour lui tout allait bien, je devais continuer ma vie active comme d’habitude. Je sentais pourtant la fatigue et les contractions depuis les 4 mois de grossesse.

Même si les professionnels me disent que je ne dois pas m’en vouloir, qu’on ne prévoit pas un accouchement préma, je ne peux me sortir de la tête que j’aurais pu tout faire pour me ménager… et garder mon petit homme au chaud.

Le 3 juin 2017, 2h du matin, les contractions commencent. Je ne m’affole pas, ce n’est normalement pas le moment du tout. Nous ne nous sommes toujours pas décidés sur ton prénom…. Je suis persuadée que cela ne peut pas être toi qui arrive déjà et pourtant je le sens, j’ai les même douleurs que pour mon premier accouchement. 5h, nous arrivons à la maternité, je suis dilatée à 10. C’est le moment de pousser. Juste le temps de se mettre en place et tu arrives. Je hurle, je crois que je hurle plus de panique, que de douleur…. C’est apparemment le défilé dans la chambre mais je ne vois personne. On te pose sur moi, tu es si petit. Je n’arrive même pas à pleurer, je suis sous le choc. Tu es là, c’est ma dernière grossesse, je le sais et je n’ai même pas pu aller jusqu’au bout. Tous les sentiments se bousculent dans ma tête. On te pose sur moi quelques instants et ensuite la pédiatre t’examine, à ce moment là je ne m’imagine pas ce qui va suivre…

Elle m’annonce que tu as de grosses difficultés à respirer et que tu vas descendre en neonat (nous sommes dans un hôpital de niveau 2B* donc pas de réanimation néonatale). Elle me dit que dans 24/48h tout sera rentré dans l’ordre car tu es juste un peu surpris par la naissance.

Je reste auprès de toi toute la journée et dans la soirée en peau à peau, tu désatures* beaucoup malgré la CPAP*…

 J’ai tellement peur car c’est l’inconnu. J’ai peur de te perdre, tu es si petit, tu subis déjà tant de choses et je ne suis pas là pour t’aider, te rassurer…

Dans la nuit, une puéricultrice vient me réveiller pour m’annoncer que tu as été intubé car trop de difficultés à respirer. Le pédiatre est à nouveau rassurant en me disant que tu n’auras certainement pas besoin de rester intubé donc que tu resteras sur Avignon sauf que le lendemain malheureusement ce n’est pas mieux et on nous annonce que tu pars à Marseille et moi NON, je ne peux pas monter avec toi dans le SAMU. J’arrive finalement à obtenir une dérogation juste pour la journée pour venir te voir à Marseille par mes propres moyens.

Arrivée là-bas j’insiste, je ne trouve pas cela normal. 24h après la naissance, on m’arrache mon bébé pour le soigner à des kilomètres de moi et moi je dois rester hospitalisée loin de toi.

Finalement le chef de service de Marseille me trouve une chambre et je resterais sur Marseille dans un bâtiment à coté durant les 10 jours à Marseille en réanimation.

Finalement, Matteo restera ensuite 3 jours en soins intensifs avant de pouvoir être rapatrié sur Avignon pour les 15 jours restants.

Je veux faire ce témoignage pour vous dire de ne jamais perdre espoir et surtout avoir confiance en votre bébé, lui parler beaucoup, faire énormément de peau à peau .

J’aimerais vous partager le sentiment que j’ai eu que mon bébé ne m’appartenait pas. Je n’osais pas le toucher, l’embrasser, j’attendais la permission pour le prendre, je n’osais même pas demander puis au fil des jours je me suis dis « c’est mon bébé, même s’il a des tuyaux partout je peux le caresser, le toucher, l’embrasser, me faire aider pour qu’on me l’installe quand j’en ai envie. »

En réanimation c’est particulier, tout est strict, tout est stressant, angoissant.

Il ne faut pas hésiter aussi à parler. Moi, je n’ai pas eu envie de parler forcément aux psys mais plutôt avec les autres parents. Nous sommes même restés en contact avec certains.

On mangeait le soir ensemble avec certaines mamans qui étaient aussi loin de leurs maris, enfants, seules dans des villes plus ou moins inconnues.

Il est difficile de s’habituer et d’apprivoiser un bébé préma..

Encore aujourd’hui il a 3 mois et quand il pleure et s’angoisse, je culpabilise car je me dis qu’en neonat il a manqué de ce contact si important les premiers jours, de mon odeur, de mes bras quand il avait peur et j’ai beaucoup pleuré à cause de ça. Énormément de culpabilité.

Ensuite à la maison il faut se rattraper et Matteo est un bébé angoissé qui a besoin de contact donc pensez à l’écharpe de portage elle me sauve dans beaucoup de situations.

Je voulais souhaiter bon courage à tous les parents qui passent par là et vous dire que si vous avez besoin je suis là pour échanger.

*Voir Lexique

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