L’histoire de Marina, maman à 35 semaines

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NDLR : Est prématurée toute naissance qui survient avant 37 semaines d’aménorrhée* révolues, soit 35 semaines de grossesse. 
Toutes les semaines énoncées sur le site sont des semaines d’aménorrhée.

Voici l’histoire de Marina, devenue maman à 36 semaines. Elle nous raconte aujourd’hui les 3 jours qui ont changé sa vie, son accouchement prématuré.

7 août 2016 :

Je me suis réveillée avec l’impression de me faire pipi dessus vers 7h du matin (alors que je me suis endormie vers 4h et je me suis faite réveiller par un de nos chats à 5h20). Je vais donc aux toilettes et, quand je vois que ça continue de couler, j’appelle ma copine paniquée. Elle me conseille d’appeler la maternité et de voir ce que eux me dise. Je raccroche avec ma copine et je commence à pleurer car il était beaucoup trop tôt pour que j’accouche (35 SA + 6 jours). Après avoir réussi à me calmer, j’appelle la maternité où je devais, normalement, accouchée et, comme je le pensais, ils ne pouvaient pas me prendre car c’était trop tôt (ils prenaient qu’à partir de 36 SA minimum). Ils m’ont dit d’appeler l’hôpital cantonal et de voir ce que, eux, me dirait. Je les ai donc appelés et ils m’ont confirmé que c’était peut-être bien la poche des eaux qui avait fissuré mais que, pour en être sûre, je devais venir pour faire un contrôle. J’ai donc rappelé ma copine pour lui dire les nouvelles et elle m’a dit qu’on se prépare (on avait mon beau-fils en vacances) et qu’elle arrivait avec un ami.

Je me suis donc préparée tant bien que mal (pas facile quand on a l’impression qu’on se fait pipi dessus), j’ai réveillé mon beau-fils et on est descendu à l’entrée de mon immeuble pour attendre ma copine et son ami pour qu’il nous emmène à l’hôpital.

Arrivés à l’hôpital cantonal, une infirmière me met dans une salle et l’attente commence. Au bout d’un moment, l’infirmière revient et commence à me faire les examens pour voir si la poche des eaux a été réellement rompu ou pas (ainsi que d’autres examens).

Encore un moment d’attente (qui me parait une éternité) avant que l’infirmière revienne pour me dire que c’est bien la poche des eaux qui a fissuré et qu’ils me gardaient jusqu’à la naissance de mon fils. Ma copine appelle son ex compagne en lui expliquant la situation et pour qu’elle revienne chercher mon beau-fils. Elle râle un peu mais accepte.

L’infirmière me montre la chambre où je vais séjourner et elle m’administre par intraveineuse un antibiotique pour développer les poumons de mon fils.

Quelques heures après mon arrivé, on me fait un monitoring de contrôle. Après le monitoring, je vais me doucher et décide d’aller dormir car la journée a été longue.

8 août 2016 :

Je me suis endormie vers 23h pour qu’une infirmière vienne me réveiller à 3h30 du matin pour me faire ma piqûre de Clexanne (un anticoagulant que j’ai pris durant ma grossesse suite à l’embolie pulmonaire que j’avais faite par le passé). À 4h, l’infirmière vient me redonner l’antibiotique pour maturer les poumons de mon fils. Après cela, impossible de me rendormir donc je décide d’appeler ma copine pour lui parler et qu’elle me rassure. On a parlé ensemble jusqu’à 6h du matin et je me suis rendormie vers 7h40 pour me faire réveiller à 8h10 pour le petit déjeuner.

Vers 9h10 environ, on me refait un monitoring de contrôle qui a duré jusqu’à 10h05 environ. Après ce contrôle, j’essaye de me rendormir car je suis fatiguée mais je n’y arrive pas à cause des nombreux va et vient du personnel de l’hôpital (ménage, infirmière, médecins, etc.).

Une connaissance est venue me rendre visite et j’ai pu sortir un peu de ma chambre (en fauteuil).

À mon retour, le médecin vient m’annoncer qu’on me provoque demain. Ma copine est restée avec moi pour être déjà sur place (on habite à 50 minutes environ de l’hôpital mais on n’a pas de véhicule).

9 août 2016 :

Comme la veille, on se fait réveiller vers 8h pour le petit déjeuner. C’est le jour J et j’ai un peu peur de ce qui m’attend. J’angoisse légèrement mais j’essaie de ne rien faire transparaître. Je me lève, vais aux toilettes et prends mon petit déjeuner. Après cela, on attend qu’une infirmière vienne me chercher pour m’amener en salle de naissance.

9h, aucunes infirmières à l’horizon. Avec ma copine, on se dit qu’elles doivent sûrement être encore en colloque et qu’elles ne vont pas tarder à arriver (tous les matins, les infirmières avaient un colloque pour transmettre les informations à l’équipe de jour). 9h15, toujours personne. On s’inquiète un peu et on se demande même si ils ne nous ont pas oubliées. 9h30, une infirmière toque à la porte de ma chambre pour me dire que c’est le moment et que je dois la suivre. On prend quelques affaires (appareil photo, caméra, téléphones portables et clé de l’armoire) et on l’a suit.

Dans l’hôpital où j’ai accouché, le service de maternité est au même étage que les salles d’accouchement et, chance de plus, ma chambre n’était pas très loin non plus.

Arrivées dans la salle, elle me dit de me coucher pour faire un monitoring et mettre le tampon de propess pour déclencher les contractions. Je m’installe donc et j’attends patiemment qu’elle m’installe le monitoring. Une fois le monitoring installé (elle avait eu un peu de mal car mon fils n’arrêtait pas de bouger), elle me dit qu’elle va me mettre le tampon et que, normalement, les contractions devraient commencer peu à peu.

Elle me met donc le tampon et on attend voir si cela fait effet. L’infirmière repart en nous disant qu’elle reviendra contrôler d’ici une demi-heure.

On se retrouve seules avec, pour seul accompagnement, les battements de cœur de mon fils.

On en profite pour faire des photos souvenir, une petite vidéo et écouter la musique qu’on avait choisi pour lui en boucle jusqu’au retour de l’infirmière.

À son retour, elle regarde le monitoring et voit que le travail n’avance pas beaucoup et me dit de changer de côté et qu’elle repasse dans 5 minutes voir si ça aura changé quelque chose. 5 minutes plus tard, elle revient mais le monitoring est toujours pareil alors elle me dit de me mettre de l’autre côté et reste auprès de nous pour voir si ça change. Après un petit moment, comme elle voit que ça ne change rien, elle me dit de me remettre couchée normalement et qu’elle allait voir avec sa supérieure ce qu’il fallait faire. Avant de partir, elle me demande si je n’ai pas trop faim vu qu’il est déjà midi et que je n’ai rien avalé depuis mon petit déjeuner. Je lui réponds que, non, ça va mais que, par contre, j’ai très soif. Elle part donc et, 5 minutes après environ, elle revient avec une bouteille d’eau et pour nous dire qu’on enlève le tampon et qu’on laisse la nature faire les choses. Donc elle enlève le tampon, me donne un fond d’eau et, peu de temps après, on toque à la porte de la salle de naissance. C’était l’anesthésiste qui venait me demander si je voulais la péridurale ou pas. Je lui ai répondu que je voulais essayer de faire sans et elle m’a dit que, si je voulais, ils pouvaient me la faire mais en la dosant faiblement et, ainsi, je pourrais tout sentir. J’ai été un peu lâche et j’ai accepté.

Ma copine est sortie le temps de la pose de la péridurale. Pendant ce temps, l’anesthésiste me l’a posé mais, je ne sais pas comment elle s’y est prise, j’ai eu très mal au moment de la piqûre et, après l’accouchement, j’ai eu un énorme bleu et une douleur énorme pendant plusieurs jours.

Une fois la péridurale posée, ma copine revient avec mon doudou (oui, 26 ans au moment de l’accouchement et encore un doudou mais j’étais rassurée de l’avoir auprès de moi durant l’accouchement) et on se retrouve de nouveau seules.

Je ne sais pas quelle heure il était quand les contractions ont commencé (l’horloge était derrière moi) mais je sais que, n’ayant pas fait les cours de préparation à l’accouchement (je reportais toujours), j’avais mal et j’essayais de respirer instinctivement comme je l’ai vu dans les films (l’infirmière m’a dit que je me débrouillais très bien).

Les contractions devenaient de plus en plus forte et j’ai demandé à l’infirmière si c’était possible d’augmenter la dose de la péridurale. Ils l’ont augmenté un petit peu (je ne sais pas de combien) et ça m’a fait du bien mais le repos a été de courte duré.

J’ai tenu encore un moment avec des contractions de plus en plus forte (je ne sais pas à combien j’étais dilatée) avant de redemander, entre deux contractions, d’augmenter la dose de la péridurale.

L’infirmière m’a dit qu’elle allait voir avec l’anesthésiste mais, tout un coup, j’ai eu une énorme envie de pousser (je n’ai pas quitté le lit depuis qu’on m’a demandé d’y aller) et, là, je sens quelque chose couler entre mes jambes. Au même moment, une autre infirmière vient pour demander où ça en était et si j’avais perdu le bouchon muqueux et, là, la première infirmière s’est retournée vers moi et elle a dit à l’attention de l’autre infirmière : « Oh oui, elle a tout perdue là, c’est pour maintenant ». Alors la deuxième infirmière est allée appeler du renfort et est venue aider la première à nettoyer avant de m’installer pour commencer à pousser.

Le reste de l’équipe médicale arrive et s’installe. Ils se présentent tous mais, trop occupée à respirer, je ne retiens pas trop leurs noms (juste leurs tête et encore).

Une fois tout le monde en place, on me dit de pousser à la prochaine contraction et c’est ce que je fais. Je le fais 2-3 fois avant d’entendre que le cœur de mon fils ralenti. On me met un masque à oxygène et on me dit de ne pas m’inquiéter, que je fais du bon travail et de continuer comme ça. Je continue donc et, à 16h27, mon fils pousse son premier cri. Ma copine, qui est restée avec moi tout le long, pleure de joie et me remercie pour ce cadeau que je viens de lui faire et elle coupe le cordon ombilical. Moi, je n’arrive pas à réaliser tout de suite que je viens de mettre au monde mon bébé.

J’ai juste eu le temps de lui faire un bisou avant qu’il ne l’emmène dans une autre pièce pour le mesurer et le peser (ma copine est allée avec eux).

Pendant ce temps-là, le médecin chef, m’a dit que j’avais eu une petite déchirure et qu’il fallait recoudre. Il m’a dit que je n’allais rien sentir mais, malheureusement, j’ai tout ressenti (même après qu’il m’aye fait une piqûre pour endormir la zone). Je ne sais pas si c’est parce que c’était une apprentie qui a fait le travail mais je fermais les dents et les poings à chaque fois qu’elle passait l’aiguille. De plus, vu le temps qu’ils y ont passé, je me demande vraiment si c’était une petite déchirure (on ne m’a pas dit combien de points j’ai eu au total).

J’ai revu mon fils avant qu’il ne l’emmène en néonatologie et, même après coups, j’avais toujours du mal à réaliser.

Le lendemain de mon accouchement, le médecin est venu me voir et m’a dit que, d’un côté, c’était bien que j’aye accouché plus tôt car ils avaient détecté, après analyse du placenta, une bactérie qui était néfaste autant pour moi que pour mon fils (je ne m’en souviens plus du nom qu’ils m’ont dit).

Il m’a fallu quelques jours avant que je réalise que ce tout petit être était mon fils.

Mon accouchement ne s’est pas passé exactement comme je l’aurais imaginé mais je ne regrette rien et je serais prête à le revivre 100 fois si je le pouvais.

Personne est préparé pour la prématurité mais, si on est bien entourés, on peut très bien la vivre même si, au fond de soi, on a toujours un petit regret de ne pas avoir été au bout de notre grossesse.

J’espère qu’à travers mon récit, certaines mamans ou futures mamans se reconnaîtrons et oseront parler de leur mal-être et de la naissance de leur(s) enfant(s) car, après tout, l’accouchement est la plus belle des choses dans la plupart des cas et c’est merveilleux de voir notre (nos) enfant(s) grandir.

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