L’histoire de Lison, née à 25 semaines

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Lison 
NDLR : Est prématurée toute naissance qui survient avant 37 semaines d’aménorrhée* révolues, soit 35 semaines de grossesse. 
Toutes les semaines énoncées sur le site sont des semaines d’aménorrhée.

On découvre Aurélie, Loïc et de Lison née à 25SA après un début de grossesse difficile, un transfert en hélicoptère, un accouchement en urgence et un long et éprouvant séjour en réanimation néonatale. Aurélie, sa ma mère, nous raconte aujourd’hui leur histoire.

Le 27 juillet 2016, c’est ce jour là que j’ai appris ma grossesse, un matin dans le Jura, à 650 km de chez moi, en vacances chez la mère de mon copain. C’était le 3ème test de grossesse que je faisais, les deux précédents étant négatif. Mais je le savais, je le sentais, j’en étais persuadé. Celui ci était positif, et d’un coup, d’un seul, ma vie, toute ma vie à changé. Bien sûr, j’explosais de joie à l’intérieur, mais à l’extérieur, je ne laissais rien paraître. Je n’ai pas osé en parlé à mon copain, car entre nous c’était plutôt compliqué à ce moment là et en plus de cela, nous n’avions vraiment pas prévu cet événement dans notre vie. Je lui ai dis 3 jours plus tard, difficilement, de peur de sa réaction. Le lendemain et les 3 mois qui ont suivi ont été très difficiles, il ne voulait pas de cet enfant, et moi, je ne voulais pas avorter. 3 longs mois a résister aux engueulades, à sa pression, à mes doutes qu’il a fini par me faire avoir. Mais j’ai tenu bon. Le plus dur, c’était de ne rien dire à nos amis, alors que je ne buvais plus, ne fumais plus, et que je prenais du poids, petit a petit. Il a fini par prendre conscience de ce qui arrivait, et on a même fait un repas pour l’annoncer aux copains…

Malheureusement, début octobre, un lundi soir, j’ai commencé à perdre du sang. Pas beaucoup au début, mais assez pour m’inquiéter. J’étais suivi dans une polyclinique à 30 km de chez moi. Ce soir là, j’ai contacté l’hôpital de ma ville, en expliquant que je saignais un peu et que j’étais enceinte de 12 semaines. Ils m’ont dit qu’il ne pouvait rien faire pour moi, que je devais aller consulter à la polyclinique où j’étais suivie. A 21h30, faire 30 bornes de voiture, je ne m’en sentais pas capable. J’ai pleuré, cette femme qui rigolait au téléphone, en me disant que ce n’était rien mais que je ne pouvais pas passer dans leur hôpital car je n’étais pas suivie là bas. Le lendemain, au travail, j’ai appelé la polyclinique pour un rendez vous d’urgence, ils m’ont pris de suite. La gynéco m’a simplement dit que ça arrivait, que mon placenta était assez bas, mais que bébé allait bien. Rien de spécial pour elle. Je suis repartie travailler normalement, soulagée. J’avais juste un vaccin à faire du fait de mon groupe sanguin A- car le contact du sang pouvait apporter des complications. Le vendredi soir, vers 22h30, j’ai commencé a perdre beaucoup de sang, beaucoup plus que la première fois. Mon copain m’a donc amené à l’hôpital de ma ville sans que je les appelle, de peur qu’ils me refusent. Arrivé a l’hôpital, je sentais beaucoup trop de sang couler, à tel point que je ne pouvais plus marcher ni rester debout. Quand on m’a demandé d’enlever mes habits pour m’examiner, je me suis effondrée, et j’ai dit a mon copain que c’était fini, que j’étais en train de faire une fausse couche. La femme qui se trouvait avec moi dans la chambre ne savait pas me dire s’il s’agissait d’une fausse couche ou autre chose. On devait attendre le gynécologue. C’était long, trop long. On a attendu 20 min, dans l’angoisse, mes pleurs, et mon copain qui m’assurait que tout allait bien aller. J’ai eu le droit à une énième échographie, et miracle, bébé était toujours là, elle allait bien. Il s’agissait encore de mon placenta, trop bas. Ils ont voulu me garder en hospitalisation mais j’ai refusé. J’aurai peut être du…

Avec des « si » on refait le monde…

J’avais donc comme consigne, de rester alitée, de me lever uniquement pour aller aux toilettes. J’ai limité mes déplacements au maximum.Je me suis mise en arrêt de travail dès le lundi, en espérant que cette situation s’améliorerait vite, très vite. Mes saignements ne se sont arrêtés qu’un mois et demi plus tard. Je n’ai donc jamais repris le boulot. J’avais plus de 30 min pour y aller et la voiture m’était clairement déconseillée. Par magie, j’ai commencé a ressentir les coups de mon bébé, chaque soir, chaque nuit, mais mon ventre était toujours très dur le soir. Ça faisait mal.

Et puis, le 16 décembre, j’ai eu mal toute la journée, j’étais à 24 semaines passées, mais j’avais l’impression d’être sur le point d’accoucher. J’étais sortie à 5 minutes à pied de chez moi rejoindre une amie, et en rentrant, je marchais les jambes serrées. J’ai appelé la maternité en leur expliquant que j’avais perdu un petit liquide. Ils m’ont dit de passer, que par téléphone, c’était compliqué. J’ai attendu que mon copain finisse son entrainement, et on est partis tous les deux. J’étais en forme, je marchais normalement, je voulais juste encore une fois, être rassurée. En arrivant, les femmes m’attendaient. Elles m’ont fait une écho, bébé allait bien, elle bougeait bien. J’étais rassurée, mais j’ai insisté. Je leur ai dit que j’avais eu des coup de jus toute la journée, que j’avais l’impression que si je poussais, tout allait sortir. Elles m’ont donc fait une échographie vaginale. C’est à partir de là que le cauchemar à commencé.

Elles ont changé de couleur. Elles sont devenues blanches et se sont regardées. J’ai regardé Loïc, et je leur ai dit « dites-moi ce qui se passe s’il vous plait », et elles m’ont répondu, « madame, vous allez accoucher ». Sur le coup, je n’ai pas compris, j’ai dit que ce n’était pas possible, je n’étais qu’a 24SA+4 jours, que j’allais bien. Mais ma poche des eaux était fissurée … et dans mon vagin. L’hôpital s’est affolé, il fallait m’envoyer dans une maternité de niveau 3 et très vite. Je ne comprenais pas. Je n’avais rien mangé depuis le midi, j’avais faim, mais je n’avais plus le droit de manger ni de boire. Nous étions arrivés à 23h et à 3h du matin, ils m’ont annoncé qu’ils allaient me transférer à Limoges en hélicoptère. A 3h de chez moi. Et seule dans l’hélico. J’ai paniqué, je ne comprenais toujours pas. Ils m’ont emmené, en civière, en ambulance, jusqu’à l’hélico. Loïc a pris la route. Je me retrouvais désorientée, seule, et j’avais peur. J’avais beaucoup de contractions, beaucoup trop….

Arrivé à Limoges, on m’a perfusé, avec du Tractocile* pour ralentir mes contractions. On m’a tout expliqué, on a attendu Loïc, et on nous a demandé si on souhaitait qu’ils réaniment notre bébé quand j’accoucherai.

Je ne comprenais toujours rien, et je leur ai répondu oui, avec l’envie d’hurler à l’intérieur.

On m’a expliqué que j’avais le droit à 8 ampoules en tout de Tractocile. Entre temps j’ai subi plein d’examens, des prises de sang a n’en pus finir, et on m’a administré les corticoïdes pour la maturation des poumons et du cerveau de bébé. J’ai eu le temps d’avoir les deux doses, et mes 8 ampoules de Tractocile. La dernière ampoule s’est terminée le dimanche soir vers 20h. A minuit, les contractions ont commencé a être vraiment très intenses, et douloureuses. Je ne pouvais pas dormir, et je hurlais doucement quand j’avais trop mal. Je ne voulais pas accoucher, je ne voulais pas sonner. Loïc se réveillait, prenait ma main, me demandait si ça allait et je répondais « oui,oui, dors fonfon ». Mais a 5h, je n’en pouvais plus, j’avais trop mal, je n’y arrivais plus. Loïc a sonné pour moi et on m’a directement transféré en salle de naissance. On m’a posé la péridurale sans que j’en prenne conscience, puis j’ai fait un malaise vagal. J’ai commencé a divaguer, puis d’un coup ça allait mieux. Je n’avais plus mal, je ne sentais plus rien… J’arrivais enfin a dormir. La sage femme entrait, de temps en temps, voir si ça allait, voir comment étaient mes contractions. Puis a 10h, elle est entrée et m’a dit qu’elle allait percer ma poche des eaux. J’ai réalisé que si elle le faisait, j’allais accoucher. Je lui ai demandé une minute, j’ai réalisé que je n’avais vu ça que dans Baby Boom, que je n’avais jamais assisté à un cours de préparation à l’accouchement, et surtout j’avais peur… Je me suis vite reprise et je lui ai dit d’y aller. Très vite, elle en est venu à me dire de pousser et elle m’a expliqué comment faire. Deux, trois poussées, et c’était déjà fini.

J’ai ressenti quelque chose de tout petit passer. Lorsque j’ai ouvert mes yeux, mon bébé n’était plus là. Je ne l’ai pas vu, pas entendu, j’étais effondrée. Enragée.

Je leur ai dit  » rendez-moi mon bébé ». J’avais le sentiment qu’on m’avait arraché mon enfant, qu’on était venu me le prendre au fond de mon ventre. 5 mois et demi, je ne la sentais que depuis quelques semaines, et c’était déjà fini…

Je ne savais pas comment elle allait, comment elle était, ce qu’ils faisaient… rien. On continuait à m’appuyer sur le ventre pour que  » tout sorte » et on me laissait là, désemparée, agonisante de cet accouchement.

Lison à sa naissance

J’ai vu ma Lison, 3h plus tard. Elle faisait 650g, 30 cm, et elle est née à 25SA pile. Un cauchemar.

Comment c’était possible? Qu’est ce que j’avais fait de mal? Tout. Tout était de ma faute. C’était moi, la coupable, l’incapable. Incapable de porter mon bébé, incapable de la protéger. Celle qui fait du mal à tout le monde, a son enfant, a son conjoint, mais aussi à toute la famille et aux amis qui s’inquiètent.

Elle était si petite, si maigre, et sa peau encore transparente. Des poils partout, des capteurs sur tout son corps, et une couche immense pour elle… c’était impossible, non impossible, elle n’allait pas survivre. Je n’y croyais pas. Je ne comprenais pas. Et il a fini par pleurer. 4 ans et demi de relation, un mec qui sourit chaque jour, rien ne l’atteint, et là il pleure. Dans sa chambre devant sa couveuse. Je regarde mon bébé, je regarde mon mec qui pleure, et là je me sens plus que jamais coupable de tout. J’ai mal, si mal partout. On rencontre les docteurs, plusieurs fois, on nous explique tout, à plusieurs reprises, car c’est dur de tout comprendre de suite. Voilà, c’est heure par heure, minute par minute, seconde par seconde. Elle a beau être reliée a des tas de machines, elle peut tout de même partir. C’est un très long combat sans certitude qu’il faudra mener. C’est tout. Si, elle a des soins, toutes les 3h, alors toutes les 3h, nous sommes là-bas. On la regarde, on regarde tout, sa respiration, son taux d’oxygène, sa saturation. Je prends sa température, je change sa couche beaucoup trop grande… et je repars, avec la peur, cette peur horrible de perdre mon bébé avant la prochaine surveillance. Ces moments où je pète les plombs, où je réalise, et où ça ne va plus du tout. Je remets tout en question, mon couple, et même ma vie. Non je m’en sortirai pas…

1 mois et demi de réanimation, une opération au cœur à 16 jours de vie, et trois extubations plus tard, mon bébé est passé en néonat. Un soulagement, une grande étape, après le succès de l’opération, son 1er kilo, son premier mois de vie… mais quel mois… le pire de toute ma vie. Réellement beaucoup trop dur à vivre.

Lison a fait un mois de neonat à Limoges puis a été transféré à Niort, près de chez nous. Le véritable changement, c’est que j’ai pu enfin dormir à coté d’elle. Plus de deux mois après avoir accouché, je dormais enfin avec elle. Dans la même chambre, j’étais avec mon bébé… et que d’améliorations… elle était réellement très forte, souriante, courageuse. Et magnifique.

J’ai tiré mon lait les 3 premiers mois. Mais avec tout ce qu’on a traversé, je n’ai jamais eu beaucoup de lait. Pourtant j’ai tout fait, les réunions avec les spécialistes de l’allaitement, les tisanes, les gélules et même les médicaments, c’était trop difficile. Quand elle arrivait enfin a téter, j’ai eu peur du retour a la maison, où je serai seule. J’avais peur qu’elle ne mange pas assez, qu’elle perde du poids, qu’elle soit hospitalisée à nouveau. J’ai abandonné, après 3 mois, où je faisais ça toutes les 3h même la nuit. Ça m’a coûté une grosse dépression.

Aujourd’hui, Lison a eu 7 mois d’âge réel, 3 mois d’âge corrigé. Le retour a la maison a été dur le premier mois, elle pleurait énormément. Je passais mes journées avec elle dans mes bras. Mais qu’est ce qu’on revient de loin !

C’est une merveille, une beauté, un petit cœur que j’aime plus que tout. Je suis dépassée par l’amour que je lui porte, que nous lui portons. On a surmonté tout ça, et avec son papa, notre histoire n’en est que plus belle…

C’est important d’être soutenu, d’avoir le bon conjoint, la bonne famille et les bons amis. J’ai eu cette chance, mais surtout, j’ai eu la chance que ma fille s’en sorte.

Merci d’avance pour tous ceux qui liront mon témoignage un peu trop long.

*Voir Lexique

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